La Ming 37.06 Royal Selangor, annoncée le 30 juillet 2026, est une série limitée à 88 exemplaires construite autour d’un cadran en étain martelé à la main, réalisé par Royal Selangor, le fabricant d’étain de Kuala Lumpur fondé en 1885. Cette collaboration marque une rupture délibérée pour une manufacture dont le langage formel a toujours reposé sur une construction de cadran en couches de précision, une luminescence maîtrisée et un minimalisme résolument contemporain. Introduire dans ce système un matériau façonné à la main soulève une question de design aussi simple qu’exigeante: comment maintenir la cohérence d’une composition lorsque l’une de ses surfaces principales est, par définition, irréproductible?
Le matériau: qu’est-ce que l’étain?
L’étain est un alliage à base de tin — dans le cas de Royal Selangor, coulé à partir d’un stock titrant 97 % d’étain, renforcé de faibles quantités de cuivre et d’antimoine. Il ne ternit ni ne se corrode facilement et développe une douce patine avec le temps. Ces propriétés ne sont pas anodines: elles influent directement sur le vieillissement du cadran par rapport au boîtier en titane qui l’entoure. Le processus de fabrication à l’usine Royal Selangor de Setapak reste très largement manuel: l’alliage est fondu, coulé dans des moules, refroidi, puis limé, poli et fini. Pour la 37.06, l’étape de finition consiste en un martelage à la main, qui produit des indentations irrégulières — des creux de profondeur et d’espacement variables — conférant au cadran son caractère de surface.
Cette variabilité constitue la tension centrale du design. Royal Selangor emploie plus de 200 artisans et une équipe de design de 40 personnes, mais aucune surface martelée à la main ne sera identique à une autre. Sur une série de 88 pièces, chaque cadran captera la lumière sous des angles légèrement différents, avec un rythme légèrement différent sur toute sa surface. Pour un studio qui a bâti sa réputation sur une géométrie de cadran rigoureuse et une qualité de finitions reproductible, accepter cette variabilité est une position réfléchie, non une négligence.
Architecture et proportions du boîtier
La 37.06 reprend l’architecture de boîtier existante de la Ming 37: 38 mm de diamètre, 11,05 mm d’épaisseur, avec un entraxe de 44,73 mm et une largeur de cornes de 20 mm. La tête pèse 35,9 grammes. Le boîtier est en titane grade 2 — une forme commercialement pure à 99,8 % de titane — plus tendre et plus difficile à usiner que l’alliage grade 5 plus couramment utilisé en horlogerie, et ne pouvant être poli. L’ensemble du boîtier est brossé, offrant une surface mate à faible réflectance.

Ce choix de finitions est significatif dans le contexte de ce cadran. Un boîtier poli entrerait en concurrence avec le propre éclat métallique doux de l’étain; une surface en titane grade 2 brossé s’efface au contraire, laissant au cadran martelé le soin de porter le poids visuel. Le résultat, tel qu’il est voulu, est une composition monochromatique — gris sur gris — différenciée par la texture plutôt que par le contraste de ton ou de couleur de matière.
Le boîtier conserve les cornes évasées en style pagode caractéristiques de la Ming 37, les doubles glaces saphir bombées à l’avant et à l’arrière avec traitement antireflet double face, une couronne crantée surdimensionnée à double joints, et une étanchéité à 100 mètres.

Architecture du cadran et luminescence
Le cadran ne porte aucune inscription de marque. L’anneau de minuterie — un élément structurel découpé au laser sur la face inférieure de la glace saphir plutôt qu’appliqué sur la surface du cadran — est rempli de Super-LumiNova X1 à émission bleue. Le même matériau revêt les aiguilles centrales des heures et des minutes. Cette approche, commune aux autres références de la Ming 37, préserve la lisibilité du plan du cadran tout en intégrant le système luminescent dans la couche de la glace qui le surplombe.
Face à une surface en étain martelé à la main, cette séparation des couches devient plus lisible. La texture organique du cadran se situe à une certaine profondeur; l’anneau de minuterie et son remplissage luminescent occupent un plan entièrement différent, suspendu dans la glace. Les aiguilles évoluent sur ces deux plans. La superposition de couches, toujours présente dans la construction des cadrans Ming, se lit différemment ici parce que la couche de base n’est plus plane ni uniforme — elle présente du relief, des ombres et une variation directionnelle selon la source lumineuse.
Mouvement et assemblage
Le calibre est un Sellita SW300-1 personnalisé — désigné SW300-M1 pour Ming — mesurant 25,6 mm de diamètre et 3,6 mm d’épaisseur. Il bat à 28 800 alternances par heure et offre une réserve de marche de 50 heures. La platine reçoit un traitement anthracite; les ponts sont squeletté, tout comme le rotor. Le mouvement est visible à travers le fond saphir, sur lequel sont également gravés les noms de Ming et de Royal Selangor — le seul endroit où apparaît un marquage de marque sur la montre.

À noter que la 37.06 Royal Selangor sera assemblée localement à Kuala Lumpur, ce que la marque identifie comme une première. La montre est associée à un bracelet en cuir de chèvre bleu-gris signé Jean Rousseau, équipé de barrettes à dégagement rapide courbées et d’une boucle à lame volante avec micro-ajustement. Le coffret de présentation est lui-même réalisé par Royal Selangor et reçoit le même traitement de surface martelé à la main que le cadran.
Les 88 exemplaires seront disponibles dans les boutiques Royal Selangor à partir du 30 juillet 2026, avec une petite allocation disponible via ming.watch à partir du 6 août 2026.